Selon une enquête de l’ONG, plus de 67 % des parents déclarent se sentir épuisés par la charge mentale liée à la parentalité en Europe. Derrière ces chiffres, une réalité quotidienne souvent cachée : celle d’un épuisement qui touche de nombreuses familles, y compris à Lyon.

Lina, Anaïs, Mathis, Maxime et Mathéo, les cinq enfants de Céline Cardin.
La charge mentale parentale ne se limite pas aux actes, mais englobe également à la pensée. En effet, les parents doivent réfléchir en permanence, anticiper les besoins des enfants, organiser les plannings, gérer les rendez-vous médicaux, scolaires ou extra-scolaires, penser aux courses, aux vêtements, aux devoirs et aux relations familiales. Cette organisation continue mobilise une énergie cognitive et émotionnelle considérable pour les parents. À Lyon, cette pression s’inscrit dans un quotidien urbain rythmé par le travail, les transports, le coût de la vie et des attentes sociales élevées autour de la parentalité. De nombreux parents témoignent d’un sentiment de course permanente, avec peu d’espace pour le repos ou le lâcher-prise.
« S’occuper de cinq enfants, c’est un métier », Céline Cardin, mère de 48 ans
Céline Cardin, 48 ans, vit dans le 8ᵉ arrondissement de Lyon et est mère de cinq enfants. Avant, elle travaillait dans le secteur médical, mais est aujourd’hui mère au foyer, son mari étant très occupé par son travail d’expert-comptable. « S’occuper de cinq enfants, c’est un métier à part entière. Je m’occupe de la maison, de l’accompagnement scolaire et des activités mais aussi des repas et du linge » , explique Céline. Malgré sa famille XXL qui lui apporte beaucoup de bonheur, la native d’Écully est à bout : « Je me sens isolée socialement, je n’ai plus de collègues de travail et je me sens seule quand les enfants sont à l’école. »
Pour la psychologue Laura Parlus, spécialisée dans l’accompagnement parental, cet épuisement est loin d’être un cas isolé. « La charge mentale parentale est aujourd’hui l’un des premiers facteurs de fatigue psychique chez les parents que je reçois. Elle est d’autant plus difficile à vivre qu’elle est invisible et peu reconnue socialement. Beaucoup de parents comme Céline Cardin intériorisent l’idée qu’ils doivent tout gérer sans faillir. » Elle souligne également le lien entre charge mentale et culpabilité : « Dès qu’un parent pense à lui, il a le sentiment de négliger son enfant. Cette culpabilité permanente empêche le repos réel et entretient l’épuisement. »
La professionnelle observe également que les normes contemporaines de la « parentalité idéale » accentuent cette pression. Être disponible émotionnellement, stimuler ses enfants, suivre leur scolarité, leur alimentation, leur bien-être psychologique, tout en maintenant une activité professionnelle et une vie sociale. « On demande aujourd’hui aux parents d’être à la fois efficaces, bienveillants et toujours disponibles. C’est un modèle compliqué à tenir pour beaucoup sur le long terme », explique-t-elle.
Face à cette réalité, des initiatives locales existent à Lyon pour soutenir les familles. Des associations comme l’UDAF ou Les Petites Familles, des groupes de parole et des dispositifs municipaux proposent des espaces d’écoute, d’aide et de partage. Si ces actions ne suffisent pas à elles seules, elles constituent une première réponse à un problème de santé publique encore trop peu reconnu.
