À 50 ans, Stéphanie Petit-Jean est à la tête de la boutique Pluie d’Étoiles, aux Cordeliers. Entre passion créative et épreuve physique et mentale dû aux 24 jours de travail non-stop en décembre, cette mère de famille se confie sans détour sur sa charge mentale et l’attention portée à la santé de ses employées.

Dans l’effervescence du quartier des Cordeliers à Lyon, Stéphanie Petit-Jean et sa sœur dirigent la boutique Pluie d’Étoiles. Pour Stéphanie, 50 ans et mère de quatre enfants, l’aventure a commencé par un besoin viscéral de créer et un «défi personnel de pouvoir lancer ma boîte et voir si ça marche ». Ancienne enseignante, elle s’est lancée sans la peur habituelle de l’échec, protégée par une « soupape de sécurité » : sa mise en disponibilité qui lui permettait, en cas de revers, de « retourner dans l’enseignement ».
Une évolution pas forcément de tout repos
Si ses premiers souvenirs sont marqués par la joie d’avoir « bien vendu » lors de son premier marché de créateurs dans la banlieue lyonnaise, la réalité de cheffe d’entreprise a rapidement imposé un autre rythme. La transition n’a pas été fluide psychologiquement. Sans formation initiale en école de commerce ou de management par exemple, elle confie : « On apprend sur le tas ».
Elle décrit un quotidien où les « tâches rébarbatives » finissent par saturer l’espace mental. Entre la gestion comptable, le site internet et les contrats de travail, l’administratif prend souvent « le dessus par rapport à la création ». Malgré cette charge, Stéphanie puise sa force dans une passion intacte : « le sentiment de ne jamais avoir l’impression d’être au travail » compense les côtés négatifs de l’activité.
Le pic de cette tension survient chaque fin d’année. Pour Pluie d’Étoiles, le mois de décembre est crucial : il concentre un tiers du chiffre d’affaires annuel. C’est une période de vigilance absolue où Stéphanie a travaillé 24 jours consécutifs (hors télétravail), du 1er au 24 décembre 2025.
« Au mois de décembre, le fait de bosser tous les jours, c’est lourd et c’est fatiguant », confie-t-elle sans détour. « On donne tout ». À la fatigue physique s’ajoute une charge mentale épuisante : surveiller les chiffres quotidiennement, gérer le personnel comme ces extras qui font faux bond à la veille de Noël et affronter la « peur de manquer de stock » ou, à l’inverse, d’avoir « surstocké ».
Lâcher prise, de l’angoisse à la confiance
L’un de ses plus grands défis a été d’apprendre à faire confiance. Au début, déléguer était une source d’anxiété majeure. « J’avais peur que ce soit mal fait, parce que c’était notre truc », explique-t-elle en se remémorant l’époque où elle fabriquait elle-même ses manchettes en cuir. Elle craignait que l’exigence de qualité ne se perde en passant de main en main.
Aujourd’hui, ce lâcher-prise est devenu sa condition de survie, même si elle admet que son « espace mental arrive à saturation » par moments. Apprendre à laisser faire les autres a été un long chemin, mais c’est désormais un soulagement indispensable pour faire durer l’entreprise.
Légny, le refuge du Beaujolais
Pour ne pas sombrer sous le poids des responsabilités, Stéphanie a ses ancres. Elle quitte régulièrement l’agitation lyonnaise pour se réfugier à Légny, un petit village du Beaujolais. Son remède principal ? La décoration intérieure, une activité qui lui permet de canaliser son besoin de faire.
« Je suis en train de refaire tout mon hall d’entrée, j’ai tout démonté, ça me fait un bien fou », raconte-t-elle avec enthousiasme. Quand elle n’est pas en train de transformer son intérieur, elle parcourt les sentiers des campagnes pour de longues marches avec ses amies. Ces moments de déconnexion physique sont essentiels pour « décompresser » et évacuer la pression accumulée en boutique.
Forte de son propre vécu, Stéphanie place le bien-être psychologique au centre de son management chez Pluie d’Étoiles. Elle se veut à l’écoute des fragilités de ses employées, qu’il s’agisse de soucis de planning ou de traumatismes personnels plus profonds. Pour elle, la santé mentale au travail est une priorité absolue.
Elle cite l’exemple d’une ancienne salariée ayant partagé ses blessures d’enfance : « On en tient compte et on est à l’écoute ». Cette empathie se traduit par une grande souplesse : « On est assez souples et conciliants » sur les imprévus de la vie. « On n’oublie pas qu’elles sont là pour bosser, mais on est très humaines », conclut-elle. Pour Stéphanie Petit-Jean, l’entreprise est une aventure collective où la réussite économique ne doit jamais occulter la dignité et la santé de ceux qui la construisent.
