Congolaise installée à Lyon depuis 2015, Esther Lubienga Kembo et ses amies préparent l’anniversaire de la petite Kellyn. Ces retrouvailles régulières permettent à ces mamans de soigner leur santé mentale. Pour cette diaspora africaine de plus en plus enracinée à Lyon, la cuisine devient l’espace où réinventer son traitement, loin des cabinets de psychologues jugés encore trop étrangers à leur culture.

Dans la cuisine, quatre femmes s’activent autour des casseroles. Mama Esther est une Congolaise installée en France depuis 2015. Ce soir, elle prépare le foufou pendant que ses amies découpent les bananes plantains « les makembas ». Entre deux gestes précis, les langues se délient. On parle lingala, français, parfois un mélange des deux. L’odeur des épices embaume toute la pièce. Tous et toutes ont répondu présent pour l’anniversaire de Kellyn, sa petite dernière. « Quand on organise ces moments, ça nous donne la force », s’exclame la maîtresse des lieux. « Ça donne des idées parce que lorsque nous discutons ensemble, on s’échange des conseils sur la manière de gérer l’école pour les enfants ou les promotions les plus intéressantes au marché, les contacts avec certains commerçants ou encore les projets immobiliers », ajoute fièrement Esther.
Ces retrouvailles mensuelles ne sont pas de simples moments de convivialité. Au milieu des préparations de plats et des cris des plus petits, une forme de soutien psychologique communautaire, héritage des traditions africaines de solidarité féminine. Le tout en terre lyonnaise.
Le poids invisible du quotidien
Les rires ponctuent leurs échanges, mais derrière l’apparente légèreté, les préoccupations sont lourdes. Mama Esther évoque les matins où son mari part très tôt au travail, la laissant parfois gérer seule le réveil de cinq enfants. Éthan, Flora et Janelyne en école primaire, sont assez autonomes. Mais Brandy et Kellyn qui ont 3 et 2 ans respectivement, nécessitent une attention constante. « Aujourd’hui, mercredi ça va. Mais demain, il faut déposer les petits dans leur école à Villeurbanne tout en s’occupant des plus petits. Parfois, je demande à mes sœurs de garder les plus petits le temps que je cours à l’école puis chez le médecin puis à la préfecture avant d’aller à U ».
Les démarches administratives reviennent constamment dans la conversation. Esther se réjouit d’avoir enfin terminé l’inscription au collège pour Éthan, l’année prochaine.
L’alternative communautaire
Au salon, les hommes ont les yeux rivés sur le match serré entre le Maroc et le Nigéria, en demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Pendant ce temps, dans les chambres, les enfants s’affrontent sur la PlayStation 5 d’Éthan. Les générations et les origines se mélangent. Mais c’est bien dans cette cuisine que se joue l’essentiel. Pas de rendez-vous à prendre trois mois à l’avance, elles ont écouté des témoignages sur la santé mentale à la télé ou au travail. Mais elle préfère éviter le jargon médical intimidant, pas de stigmatisation. Juste des femmes qui se comprennent, qui partagent les mêmes défis, qui se donnent des conseils pratiques et, surtout, qui se disent : « O za yo moko té » ou « Tu n’es pas toute seule ».
Pour ces mamans de la diaspora, les débats autour de la santé mental sont de moins en moins tabou mais elles traitent ce thème à leur manière, preuve d’une double culture assumée. « Même quand je suis fatiguée, je me tiens debout. Dieu me donne la force », s’exclame Esther. Même si le « Piscologue » est encore perçu comme étrangère à leur culture et réservé aux « fous ». La cuisine est l’espace de parole informels où la souffrance se dilue dans le collectif.
Un modèle de résilience communautaire et inné
Dans les cultures africaines, la notion de santé mentale est indissociable du groupe, de la famille élargie. À Lyon, ces fêtes reconstituent ce filet de sécurité sociale, cet espace où l’on peut déposer ses fardeaux sans jugement. Leur rôle de maman est leur défi et leur force. « Avoir cinq enfants c’est bien, mais il faut avoir beaucoup d’énergie. Notre boulot de maman demande beaucoup de force. On doit toujours être fortes et tenir matins, midis et soirs. C’est une grâce. C’est ce qui me tient quand c’est plus dur ».
Mama Esther et ses amies ne le formulent peut-être pas ainsi, mais elles pratiquent une forme ancienne et efficace de thérapie de groupe. Elles se battent, chacune à leur manière, pour leurs familles « Toujours grâce à l’aide de Dieu », précise Sophie une des amies d’Esther.

Beaucoup de courage ma petite maman Esther avoir 5 enfants c’est coe se Construire un bâtis à plusieurs pièces et en prendre soins tous le jours oui seul Dieu donne la force
Partage très intéressant et article instructif sur le soutien communautaire et qui parle de santé mentale autrement.
Merci beaucoup !
Tenez bon mes dames
C’est vrai que la santé mentale est un tabou dans nos communautés, mais l’art de recevoir et de la cuisine nous unis afin de pouvoir se décharger et en sortir plus forte.
Courage ma sœur chérie ❣️ kembo beaucoup de courage oza maman très chic cinq fois mère félicitations et bisous bisous jtm ❤️💋
Excellente initiative communautaire de soutien mutuel. Mieux vaut ça que rien. Et surtout, article bien rédigé.
Merci beaucoup !
Tout à fait! Un sujet intéressant particulièrement dans la communauté diasporique africaine. Les retrouvailles constituent une vraie thérapie! J’aime ce sujet!
Quelle belle initiative ! C’est exactement ce dont nous avons besoin : des solutions psychologiques adaptées à notre culture. Nombre de nos valeurs, concepts et modes de vie traditionnels peuvent apporter des réponses pertinentes aux problèmes de santé mentale au sein de la diaspora africaine. Excellent article !
Merci beaucoup !
Bravo pour bel article ! Il met en lumière une réalité souvent ignorée. Des fêtes d’anniversaire sont effectivement des espaces de parole et des temps de défoulement et surtout de véritables moments de survie mentale et émotionnelle.
Merci beaucoup !
Madondo na tata nzambe apesa yo long vie ma sœur chérie ❣️😍 💋 soif toujours forte 5 fois mère oza super mère Esther kembo de luxe bisous
Très belle réflexion. Rare dans nos communautés une telle réflexion soit abordée. Réflexion très importante et instructive. Félicitation à l’auteur de cet article.
Merci beaucoup !
Félicitations pour cette belle initiative bravo ma dame kombo Esther ❤
Great job, une tres belle histoire
Vas de l avant yaya, que le Seigneur te benisse.
Merci beaucoup ! Que Dieu vous bénisse également.
Quel talent .Bravo à celui qui à écrit cet article.
Une dame très courageuse et pleine de vie..Merci pour ce que vous véhiculez.
Merci beaucoup !
Wowu quel sujet interessant !
Merci beaucoup !
Merci à tous pour vos retours ! Votre reconnaissance de ce travail m’honore et me conforte dans l’importance de ces sujets.
Un sujet très intéressant qui résume une bonne part du quotidien de la diaspora toujours pas facile. Une belle reflexion qui met en ecergue l’importance de la santé mentale et du rôle de la communauté quant à ce. Félicitations