La santé mentale, encore un tabou dans les quartiers populaires ?

Alors que la parole se libère en France, la santé mentale reste un sujet tabou dans les quartiers. Entre peur du jugement et codes invisibles, beaucoup renoncent encore à aller voir des psychologues. Face à ce problème, les nombreux représentants de la MJC de Villeurbanne font tout pour accompagner et aider les jeunes.

En France, le sujet de la santé mentale est moins tabou qu’auparavant. Pourtant, cette évolution semble s’arrêter aux portes des quartiers populaires. Le constat est frappant, près d’une personne sur deux déclare avoir déjà renoncé à consulter un psychologue ou un expert, que ce soit pour des raisons financières ou par peur du jugement.

Pour comprendre ce silence, nous avons recueilli un témoignage rare. Celui d’une habitante de Décines qui, pour protéger son anonymat, a souhaité s’exprimer sans donner son nom. “Faut vraiment qu’il y ait un lien de confiance qui se crée pour qu’une personne puisse raconter ses problèmes, que cela soit dans un quartier ou dans un autre lieu. Que ce soit n’importe qui, personne va venir en disant, j’ai tel ou tel problème, ma femme veut divorcer, je suis pas bien je suis en dépression. C’est vraiment très rare d’aller voir quelqu’un et qu’elle se confie sur ses problèmes, comme ça.

La MJC comme refuge

Le mal-être n’épargne encore moins la nouvelle génération. En France, plus d’un jeune sur six est aujourd’hui touché par des troubles dépressifs. Faute de pousser la porte d’un cabinet médical, beaucoup se tournent vers des structures de proximité, comme la MJC. Présente depuis bientôt 80 ans, la MJC de Villeurbanne est devenue, au fil du temps, un lieu de confiance. Ici, les jeunes se sentent assez en sécurité pour se livrer et oublier leurs soucis, le temps d’une activité. 

Directeur depuis 2020, Marc Bernard a déjà pu accompagner de nombreux jeunes avec des profils différents : “On a un jeune qui vient souvent et qui a des problèmes de bipolarité. Pour lui, c’est le fait de venir ici qui lui permet de se sentir en sécurité. On a cette écoute la, qui les aide et fait aussi partie du chemin pour les amener.

On dit que la parole se libère, mais dans les quartiers, elle se heurte encore à des codes invisibles. Admettre une souffrance psychique est souvent vécu comme une défaite personnelle. Tant que la santé mentale sera perçue comme une question d’ego ou de fierté plutôt que comme un enjeu de santé, le chemin sera encore long pour briser définitivement ce mur du silence.

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