La MJC de Villeurbanne, le refuge social et culturel du quartier de Bonneterre

Chaque jeudi soir, une vingtaine de jeunes se retrouvent à la MJC de Villeurbanne, leur « refuge » contre l’isolement. Mamad Ngongo et Marc Bernard témoignent du rôle de ce lieu dans un quartier marqué par la délinquance. Pour Hamza, Khalis et les autres, c’est un espace où réparer sa santé mentale.

Marie-Laure Labrosse, coordinatrice du Pôle Ateliers de la MJC. Salle Marc Sangnier – Photo Emmanuel Da silva

« Eh Mamad, en vrai pourquoi on n’a pas le droit de fumer des puffs dans la salle ? », lance Khalis d’un ton blagueur en voyant arriver l’animateur. Mamad Ngongo, 46 ans, le référent jeune de la MJC, sourit. Chaque jeudi soir, ils sont une vingtaine à se retrouver ici, avant les matchs de futsal dans le gymnase.

Jeudi 8 janvier à 19h, les claquements du baby-foot résonnent dans la salle Marc Sangnier, au deuxième étage de la MJC de Villeurbanne. Hamza et Khalis sont les premiers arrivés. Entre deux parties, ils débriefent la dernière victoire de l’Algérie à l’arrachée face à la R.D. Congo à la CAN. L’ambiance est légère, les vannes fusent, c’est ce que ces jeunes apprécient lorsqu’ils viennent dans cette structure. « Être à la MJC nous évite de nous ennuyer. C’est l’occasion de se retrouver pour passer des bons moments ensemble. On est chill, on ne se casse pas la tête. », explique Hamza, 20 ans.  Khalis, 21 ans, acquiesce. Les deux amis, d’origine algérienne, fréquentent les lieux depuis quatre ans. Dans un coin, Kenzo, 17 ans, préfère observer et discuter plutôt que jouer.

Les termes « santé mentale » ne font pas partie de leur vocabulaire quotidien. Pourtant, ils les reconnaissent sans les nommer. Ce refuge les rend plus heureux. Pas de grandes déclarations, pas de mots savants. Juste ce besoin important d’un lieu où exister, ensemble.

Leur « refuge » contre l’isolement

« Ils viennent ici parce qu’ils sont mieux ici qu’à rester dehors ou chez eux, explique Mamad Ngongo, 21 ans d’expérience dans le milieu social. Même s’ils ne font rien, ils s’assoient, discutent, prennent un café ou un thé. C’est leur deuxième maison, la MJC. »

Le football en salle, les tournois PlayStation, le baby-foot attirent 20 à 30 jeunes chaque semaine. « Le loisir c’est juste un support, précise l’animateur. Ce sont des outils pour créer un lien et travailler ensuite le quotidien. » Cette confiance se construit dans la durée. « Quand ils franchissent la porte de la MJC, même si j’ai quelque chose à faire, je laisse tout. Je dois les accueillir et les mettre à l’aise », ajoute celui que les jeunes majeurs appellent « tonton ».

En janvier 2025, la MJC a interrogé ses adhérents sur ce qu’ils perdraient si la structure fermait. Entre 300 et 400 personnes sur les 2000 adhérents ont participé. « Il y a eu quatre dimensions qui sont ressorties, explique Marc Bernard, le directeur. Un rempart contre les inégalités, donc sur un quartier c’est important. Un lieu de santé publique qui est un espace de soins, où des gens viennent se réparer ici. Juste de parler, ça peut permettre de réparer. Et puis aussi un espace de lien social, de rempart contre l’isolement. Et un pilier de la vitalité de notre quartier. »

Des changements opérés en toute discrétion

Les résultats sont discrets mais réels. « Il y en a qui avaient des difficultés et qui ont failli arrêter l’école l’année dernière. Mais suite à un séjour que j’ai mis en place et à des échanges, ça leur a fait un déclic et ils poursuivent leurs études. », raconte Mamad. La santé mentale reste un sujet tabou dans ces quartiers. Arrivé à la MJC de Villeurbanne depuis mai 2025, Mamad a développé une méthode : « Plus ils grandissent, plus ils peuvent s’orienter vers un psychologue. Quand ils ont confiance en toi et que tu les orientes, ils y vont. » Tout se fait dans la discrétion, avec l’accord du jeune.

La confidentialité est sacrée. « Tout ce qu’on se dit entre le jeune et moi ne sort pas de la MJC. Même avec les parents, je ne dis pas tout en détails. Je filtre parce qu’il y a des choses que le jeune peut me dire. Il me fait confiance et je ne vais pas le trahir. Et je filtre aussi auprès du jeune quand les parents discutent avec moi ».

Dans la salle Marc Sangnier, les adolescents continuent à affluer pour leur rituel du jeudi soir. Ici, pas besoin de parler de santé mentale pour en prendre soin.

Un refuge parfois au sens premier du terme

« Il y a eu pas mal de problématiques avec des agressions dans les structures », explique le directeur, évoquant notamment des incidents au RIZE, la médiathèque voisine entre 2023 et 2024. En effet d’après le ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, Villeurbanne a connu une nette hausse de la criminalité et de la délinquance. En 2024, 14 239 crimes ont été commis dans la Ville. C’est 4 147 crimes supplémentaires qu’il y a 10 ans.

La MJC elle-même n’a pas été épargnée. « Notre équipe a été agressée par une troupe d’à peu près dix jeunes de 11 à 15 ans, qui sont venus avec des barres de fer. Les jeunes n’étaient pas du quartier mais des environs », précise Marc Bernard. Cependant, la structure demeure depuis bientôt 80 ans un espace d’accueil où tous ceux qui entrent à la MJC sont entendus. « Il y a des gens qui sont consommateurs, qui ne disent pas toujours bonjour et qui vont à leurs activités. Il y a aussi un noyau de personnes qui sont là depuis des années avec qui on a la possibilité d’échanger », révèle Corinne. La MJC n’a plus de secret pour cette agente d’accueil présente depuis 10 ans. « Parfois certains nous disent des choses un peu trop personnelles mais nous sommes là pour écouter les besoins de chacun », ajoute-t-elle.

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