Face aux troubles du comportement chez les plus jeunes, nounous et animatrices agissent comme des sentinelles de la santé mentale. Entre gestion des crises, rituels d’apaisement et écoute des parents, comment ces professionnelles de la petite enfance cultivent la sérénité au quotidien ?
La santé mentale des jeunes enfants est une priorité qui se joue dans les détails du quotidien. Au-delà des diagnostics médicaux, ce sont les professionnelles de terrain qui assurent le premier rempart contre l’anxiété précoce. Pour Maryline, assistante maternelle à Sainte-Olive et Maeva, animatrice petite enfance à Beynost, l’accueil d’un enfant est avant tout un travail d’observation millimétré. Pour comprendre un enfant qui présente des troubles ou des difficultés de communication, elles analysent sa gestuelle et ses interactions. « J’observe la façon dont l’enfant aborde les autres, comment il joue et comment il gère les frustrations », explique Maryline. Maeva complète en précisant qu’elle scrute la manière dont l’enfant prend la main de l’adulte pour montrer ses besoins réels, faute de mots.
L’observation clinique : la première étape du soin
Cette vigilance constante permet d’anticiper les besoins profonds et de personnaliser l’accueil. Dès l’arrivée le matin, si la séparation avec les parents est un moment complexe, Maeva mise sur la réassurance immédiate en disant à l’enfant : « viens avec moi, je te laisse choisir le jeu que tu veux ». Elle explique qu’avec cette observation, elle finit par savoir au fur et à mesure ce que l’enfant va le plus aimer ou non. Maryline, quant à elle, cherche à comprendre précisément ce qui déclenche les crises pour essayer de comprendre ce qui stresse le petit. En France, selon les données de l’Assurance Maladie, environ 10 % des enfants présentent des troubles du développement ou de l’apprentissages, rendant cette observation initiale capitale pour un accompagnement adapté. L’agence nationale de santé publique détaille notamment, les repères de croissance à connaitre pour permettre un bon suivi de l’enfant.

Désamorcer les crises : l’art du calme et de la diversion
Lorsqu’une crise éclate, la règle d’or partagée par nos deux professionnelles est de rester calme pour ne pas empirer la situation. Maryline explique qu’il faut en plus de ça, essayer de comprendre le pourquoi de la crise et mettre des mots avec l’enfant sur ses émotions. Si la tension persiste, elle privilégie la diversion : faire une activité pour ne pas rester figé sur la crise par exemple. Si cela ne passe vraiment pas, elle suggère une balade, prendre l’air, aller voir les animaux pour apaiser les esprits.
Maeva, quant à elle, utilise des solutions concrètes comme la tétine, le doudou ou le câlin. Si l’enfant est plus grand et ne parvient pas à se calmer, elle choisit l’isolement positif : on le prend à part, on le rassure, on essaye de calmer l’enfant comme on peut. Elle relate l’exemple d’une petite fille dont la séparation du lundi est très difficile et qui ne veut écouter personne : « Je la sépare du groupe, je l’accompagne dans un dortoir, je discute avec elle, je la rassure, je l’écoute, je la prends dans mes bras et ça jusqu’à ce que l’enfant arrive à se calmer et soit prête à retourner dans la salle. » En collectivité, la gestion de l’attention est un défi constant, car environ 18 % des structures déclarent des difficultés lors des pics de crises. Maeva précise qu’elle n’hésite pas à expliquer aux autres enfants la situation : « Pour le moment je suis avec le copain, quand j’aurai fini je m’occupe de toi ». Elle peut, dans d’autre cas, solliciter une collègue pour prendre le relais.

La relation parents-professionnels : un pont de confiance
La communication avec les familles est jugée « extrêmement importante » par les deux intervenantes. Maryline mise sur l’échange direct en discutant, en comparant la façon dont l’enfant se comporte chez lui et sur le lieu d’accueil. Elle cherche avant tout à répondre aux interrogations légitimes des parents. Maeva, elle, adopte une stratégie de réassurance active : « Je dédramatise la situation en employant une communication positive et bienveillante pour rassurer les familles ». Pour plus d’objectivité, elle réalise des supports écrits de ce que l’on peut observer sur l’enfant.
Le calme, la patience et la bienveillance sont les clés pour que les parents se sentent en sécurité. Selon une enquête de l’Unaf (Union National des Associations Familiales), 75 % des parents citent la confiance envers le professionnel comme le premier critère de satisfaction de leur mode de garde. Cette alliance éducative permet de mettre en place des actions communes pour aider l’enfant à progresser sereinement. Des sites, comme mon-enfant.fr par la CAF offre des outils précieux pour faciliter cette relation quotidienne et pour les parents en recherche d’informations sur les modes d’accueil et de développement de leur enfant.
Travailler auprès de jeunes enfants est exigeant et, comme le rappelle Maryline, « le stress appelle le stress ». Pour rester bienveillante, elle se ressource auprès des animaux de la maison, car cela apaise. Maeva souligne que dans ce milieu, il faut avoir beaucoup de patience. Pour ne pas s’épuiser, le collectif est indispensable : « On a beaucoup de réunions qui aident à parler d’une ou plusieurs situations où l’on n’arrive pas forcément à gérer, on trouve des méthodes entre collègues, on se passe le relais. »
À l’issue d’une journée dense, Maeva insiste sur l’importance du repos et des loisirs : « je vais à la salle de sport, je sors avec des copains, je me repose. Faire des choses que j’aime après une journée de travail me permet de me ressourcer pour pouvoir être en forme le lendemain ». Ces moments de déconnexion sont essentiels quand on sait que l’indice de fatigue mentale dans le secteur social est particulièrement élevé. C’est à ce prix qu’elles peuvent continuer à accompagner, comme le dit Maryline, de petits garçons vifs avec toute la douceur et la pudeur requises.
