Isolement, charge mentale, pression économique, dermatose nodulaire… Derrière les paysages ruraux de nos cartes postales, le quotidien des agriculteurs est de plus en plus mis à rude épreuve. Gilles Revellin-Pialet éleveur à Vaulx-Milieu, en Isère nous a partagé son quotidien.
Il est 8 heures du matin à Vaux-Milieu. Le village se réveille à peine, mais pour Gilles Revellin-Pialet, la journée a commencé bien avant le lever du soleil. Bottes aux pieds, gestes précis, l’éleveur navigue au milieu de ses 55 bovins. C’est ici, sur cette exploitation familiale qu’il dirige depuis près de 50 ans, qu’il consacre sa vie à la production de viande.
Pourtant, derrière l’image de l’agriculteur au grand air, la réalité est plus sombre. Gilles travaille seul. Une solitude physique, dans les champs et l’étable, qui se double d’une solitude morale face aux crises qui secouent le monde agricole.
Un quotidien sous pression
Le temps d’une matinée en immersion, le constat s’impose : la charge mentale est omniprésente. Il ne s’agit plus seulement de nourrir les bêtes. Il faut jongler avec une pression économique constante liés aux accords internationaux, des normes administratives changeantes et l’angoisse des nouvelles crises sanitaires qui menacent les troupeaux. Ce « millefeuille » de contraintes pèse lourd sur les épaules des exploitants. L’isolement géographique et social, souvent tabou dans le milieu rural, amplifie ce sentiment de vulnérabilité. « C’est un métier de passion, c’est sûr, mais la passion ne suffit plus », témoigne-t-il
Une transmission impossible ?
Le cas de Gilles illustre une problématique nationale : la crise des vocations et les difficultés économiques de l’élevage. Son exploitation, riche de décennies d’histoire, n’a aujourd’hui pas de repreneur. Les jeunes générations se détournent de l’agriculture, effrayées par la précarité et la dureté du travail.
Le constat de Gilles Revellin-Pialet est sans appel, quand on lui demande s’il referait le même parcours aujourd’hui, la réponse tombe, lucide : « Si on me demande de me réinstaller aujourd’hui, je dis non. »
L’isolement géographique et social, souvent tabou, amplifie ce sentiment de vulnérabilité alors que le risque suicidaire reste bien supérieur à la moyenne.
