Léna et Mariya, deux aînées heureuses malgré leurs responsabilités

Concept démocratisé sur les réseaux sociaux, le syndrome de la fille aînée divise. À Lyon, Léna et Mariya, toutes deux aînées chacune leur fratrie, témoignent de vécus différents. Entre charge mentale familiale et liberté assumée, portrait de deux jeunes étudiantes face aux responsabilités de l’aînesse.

Le « eldest daughter syndrome », ou syndrome de la fille aînée, fait de plus en plus parler sur les réseaux sociaux. Ce phénomène désigne la charge mentale et les responsabilités particulières qui pèsent souvent sur les filles aînées des fratries.

Léna Ketfi Loucif et Mariya Douhi, deux amies, sont toutes deux aînées de leur fratrie. Pourtant, lorsqu’on évoque le syndrome de la fille aînée leurs réactions diffèrent. Léna, 18 ans, aînée d’un frère de 17 ans et d’une sœur de 6 mois, s’y reconnaît complètement :

Mariya, étudiante en BUT génie mécanique et productique à Saint-Étienne, qui a deux frères (4 et 6 ans d’écart), vit les choses autrement :

Léna, le « bras droit » de sa mère

Entre les nombreux déménagements à Grenoble et Toulouse, la Lyonnaise a très tôt endossé des responsabilités.

« J’ai onze mois d’écart avec mon petit frère. On peut dire qu’on est quasiment jumeaux. Et depuis juin dernier j’ai une petite sœur. Donc on a 17 ans d’écart. J’ai une relation complètement différente avec mon frère qu’avec ma sœur forcément. Mon petit frère c’est mon meilleur ami et j’ai l’impression d’être la seconde mère de ma sœur » , explique Léna.

Mariya, une aînée différente

Mariya Douhi, étudiante en BUT génie mécanique et productique à Saint-Étienne – Photo fournie

Pour Mariya, l’expérience est tout autre. « Je trouve que je n’ai pas eu ce rôle de deuxième maman ou celle qui prend des responsabilités », explique-t-elle. L’étudiante, qui fait quotidiennement l’aller-retour entre Lyon et Saint-Étienne, n’a pas eu de tâches supplémentaires imposées. Elle a pu mener ses études comme elle l’entendait, avec l’appui de ses parents. C’est d’ailleurs son père et ses oncles qui l’ont inspirée dans le choix de son orientation.

« En terminale, j’avais gardé maths, physique pour m’ouvrir un maximum de portes, parce que je savais déjà que j’allais dans le scientifique. Je savais que maths, physique pouvait m’ouvrir plein de portes dans plein de domaines différents, donc la mécanique, l’architecture, les recherches scientifiques, la chimie… » Plutôt discrète au premier abord, Mariya est très complice avec Léna et ses autres amies, ne manquant jamais une occasion de sortir avec elles.

Son BUT représente une revanche pour celle qui a connu des difficultés en maths au lycée, après s’être « un peu reposée sur ses lauriers » en arrivant en première.

Le poids de l’exemple

Si leurs vécus diffèrent, les deux jeunes femmes partagent néanmoins la conscience d’être un modèle pour leurs cadets. « Je me dis que je suis un peu l’exemple de la famille, la première. Il faut que j’aie un bon niveau scolaire, il faut que je fasse attention à ce que je fais. Par exemple, quand je sors dehors, ne pas faire n’importe quoi. Je sais que mes frères pourraient prendre exemple et faire comme moi, alors j’essaye même en dehors de la famille d’avoir un comportement assez de fille aînée », confie Mariya.

Léna, actuellement en première année de licence de droit sciences politiques, garde elle aussi cette « casquette de l’aînée », que ce soit au collège ou en amphi. Scolairement elle considère que ça a été un boost quasi-nécessaire. « Au collège, j’avais des bonnes notes, mais c’était dans la moyenne. Et arrivant au lycée, je me suis vraiment dépassée. Chaque année, j’avais de meilleurs résultats que le semestre d’avant. Parce que je savais que j’allais être prise comme exemple » :

Au-delà des responsabilités

Malgré ce poids, Léna reste chaleureuse et extravertie, souvent souriante. Elle prend le temps de voir ses amies et a pratiqué six ans des sports de combats au MMA Center (rebaptisé GDE) avant d’arrêter cette année à cause de ses cours. C’est avec fierté que Léna compte toujours tout donner pour sa famille.

« Je mets quand même une pression toute seule et je sais que la pression, elle est plus personnelle. Elle est propre à moi-même, en fait. Je le prends dans le bon sens. Ma mère, elle me pousse dans les études, mais elle me met pas la pression explicitement. Ma mère, elle me pousse au mieux de ce que je peux donner. Si je ne réussis pas, elle va quand même m’encourager », ajoute-t-elle.

Comme le soulignait Marine Combelle, présentatrice du troisième épisode de « À bout de souffle » : « Ils secondent les parents, sont les confidents des plus jeunes. Ils doivent également mener leur propre chemin. Les aînés de leurs familles, ceux qui ont transformé leurs parents en parents, ont une place spéciale dans la fratrie. »

Vous voulez en savoir plus sur la vie des aînés dans les fratries ? Écoutez l’épisode « Modèle malgré moi » du podcast À bout de souffle, qui explore le quotidien, les responsabilités et la pression vécus par les aînés, à travers témoignages et analyses de notre équipe.

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