Maladie, transmission et résilience : le lien invisible entre une mère et sa fille

Cancer, récidive, diabète : la maladie fait partie de l’histoire de Sandrine Darfeuille et de sa fille Anaïs. Pourtant, elles refusent de se définir par elle. À travers leurs regards croisés, mère et fille racontent comment préserver sa santé mentale, rester actrice de sa vie et continuer à se projeter, malgré un corps parfois fragilisé.

Anaïs a grandi avec la maladie de sa mère, Sandrine Darfeuille, en toile de fond. Un cancer, diagnostiqué en 2004, qui s’invite dans l’enfance sans jamais occuper toute la place. À la maison, la maladie existe, mais elle n’écrase pas tout. On en parle quand il le faut et, par-dessus tout, on ne s’arrête pas de vivre.

« Je voyais ma mère fatiguée, allant régulièrement à l’hôpital, mais j’ai surtout toujours vu ma mère être là pour moi, m’éduquer, m’élever, me permettre de grandir comme n’importe quelle jeune fille. »

Avec le recul, Anaïs comprend que cet équilibre a été déterminant pour sa construction mentale. La maladie n’a jamais été niée, mais elle n’a jamais été autorisée à définir toute la vie familiale. Une posture qui, sans le savoir, pose déjà les bases d’une forme de résilience.

Devenir infirmière : donner du sens à ce qui a été vécu

Voir sa mère malade très tôt a profondément influencé le regard d’Anaïs sur le soin. Devenir infirmière s’est imposé comme une évidence, non pas par fatalisme, mais par envie d’être utile, présente, à l’écoute.
Pour elle, soigner ce n’est pas que donner un traitement, ou poser des perfusions, c’est aussi comprendre l’impact psychologique de la maladie.

« Je crois que petite j’ai voué une certaine fascination pour ces gens qui faisaient de leur mieux pour sauver ma mère et que je me suis dit qu’un jour je voudrais faire comme eux, et que je ne voulais plus être impuissante face à la maladie. »

Aujourd’hui, elle se sert de son expérience personnelle dans sa pratique professionnelle. Elle sait combien un accompagnement humain peut protéger la santé mentale, parfois autant qu’un traitement.

En 2021, le cancer de Sandrine Darfeuille réapparaît. Une nouvelle difficile, mais vécue différemment. Anaïs n’est plus une enfant. Elle est adulte, infirmière, armée d’outils pour comprendre, mais aussi pour prendre du recul.

« J’ai parfois du mal à ne pas me mettre dans mon rôle d’infirmière, je pense que ça me protège aussi. D’un autre côté la nouvelle a presque été moins dure à accepter, car je sais tous les progrès qu’a faits la médecine et je vois quotidiennement des gens s’en sortir. »

Si la peur existe, elle ne paralyse pas. Elle s’accompagne d’une volonté commune qui est de continuer à vivre normalement, de préserver des moments hors maladie et de protéger l’équilibre mental de chacune.

Une mère attentive à la santé mentale de sa fille

De son côté, Sandrine Darfeuille observe sa fille vivre avec le diabète. Une maladie chronique, exigeante, qui impose rigueur et vigilance. Là aussi, Sandrine fait un choix clair : accompagner sans dramatiser.

« Le plus dur ça a été l’annonce, car cette maladie allait changer notre quotidien. On peut très bien vivre avec le diabète mais en tant que mère cela change tout, il faut faire attention à tout, en permanence. »

Elle sait, par son propre parcours, que le poids psychologique peut parfois être plus lourd que les symptômes physiques. Alors elle encourage Anaïs à s’écouter, à lever le pied quand il le faut, à ne pas s’oublier derrière la gestion de la maladie.

Sandrine Darfeuille dont le regard calme permet de rassurer ses proches. ©Gary Genin

Entre Sandrine et Anaïs, la maladie est un sujet, mais jamais le seul. Leurs échanges parlent aussi de projets, de travail, de plaisirs simples. Cette volonté commune de ne pas se laisser enfermer est (presque) leur principal combat.

« Anais : Pour l’une comme pour l’autre, ce qui compte le plus c’est d’avoir trouvé un équilibre sur le fait d’être ensemble, d’avoir nos moments où l’on est seule, de faire nos activités à nous que ce soit le travail ou les loisirs. C’est cet ensemble qui nous fait avancer. »

Leur histoire montre qu’il est possible de vivre avec une santé physique fragilisée sans se morfondre sur son sort. Préserver sa santé mentale est un combat de tous les instants, mais parler, s’entourer, garder des espaces de liberté, accepter l’aide quand elle est nécessaire, permet de « garder le cap. »

« On peut voir dans le regard des autres de l’inquiétude, de la pitié, mais il ne faut pas se laisser submerger par ça. Une fois ce cap passé, on peut vivre presque normalement malgré tout. »

Ni héroïnes, ni victimes, Sandrine Darfeuille et sa fille Anaïs avancent, lucides et positives. Leur parcours rappelle que la santé mentale se construit aussi dans la façon dont on décide de regarder la maladie, « non pas comme une fin, mais comme une donnée avec laquelle on apprend à vivre. »

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